Comme il y a trois semaines, je suis sortie de mon examen totalement vidée, décontenancée et un peu déprimée. J’ai pourtant relu les trois sujets puis mes réponses avant de quitter la salle, en concluant que ce n’était pas trop mauvais dans l’ensemble. Puis, en discutant avec Lilo et Ahelle, je me suis dégonflée et ai commencé à désespérer de mon manque de perspicacité. Les énoncés sont encore dans mon sac. Si j’étais une dingue, je les en sortirais pour trouver un semblant de corrigé dans mes cours, mais là, je ne peux pas, je préfère encore décapsuler une canette de Leffe et attendre le retour de Kiu pour pouvoir me plaindre et me déprécier jusqu’à plus soif.
Je n’arrive pas encore à assimiler le fait que je sois en vacances pour quinze jours. Ces six dernières semaines aveuglées par les révisions, partiels, préparation à ce fichu concours dans moins de trois ans et autre bachotage m’ont semblé sans issue. Je me suis même demandée à plusieurs reprises ce que j’étais venue faire dans ce guêpier. Puis, finalement, je me plains (ce serait si facile sinon) mais j’aime ce que je fais. J’aime bien apprendre même si parfois ça tient plutôt du bourrage de crâne.

Mon premier stage dans le vrai monde de ce qui m’attend plus tard fut instructif, j’en garde un bon souvenir. Il m’aura permis de comprendre le fonctionnement d’un service et cette chère hiérarchie que certains te font sentir plus ou moins crûment. Premiers pas au bloc également, moi qui avais une grosse appréhension à voir des viscères à l’air, j’ai étrangement bien apprécié la chose. La première fois, j’ai posé des questions, très bêtes dans l’ensemble comme “c’est bien le foie ça?”, “pourquoi vous utilisez cet instrument?” un peu comme dans cette publicité pour la fameuse bouteille de lait. Au fur et à mesure, j’ai appris à me taire, à laisser discutailler l’interne et le chirurgien comme on discute devant la machine à café. Cependant, je n’ai pas pu m’empêcher de tenter de m’insérer dans certaines conversations et suis donc passée pour une freak qui ne sort pas de chez elle, se promène dans la forêt et joue du piano. Mais j’ai tout de même su dire que le MOMA était à New-York alors que le chirurgien pensait qu’il était à Chicago (franchement…).

En dehors du bloc, je suis allée dans le service pour examiner/ennuyer quelques patients à jouer au docteur avec ma blouse blanche trop grande, mes chaussures de clown et une démarche qui se voulait assurée. Il me fallait consulter mon petit carnet du gentil petit externe pour ne pas oublier certains points, comme on consulte un livre de recettes. C’était plus de la discussion avec les mamies qu’autre chose mais j’ai bien aimé. J’ai aussi assisté aux consultations, là où les patients ne sont ni endormis ni intubés, quand ils ont le droit à la parole, aux interrogations craintives. Passer par là après avoir assisté à plusieurs blocs m’a remis les pieds sur terre : passée la fascination de la découverte, je me rendue compte que ce sont bien de vrais gens qu’on ouvre, il ne faut pas oublier qu’on ne soigne pas qu’un organe, que ça n’est pas anodin. Je savais qu’ils étaient vivants, je n’étais pas complètement stupide mais ça a tout de même été une prise de conscience.

J’ai beau avoir eu un aperçu de l’arrière boutique de ce qu’est la médecine, je ne suis pas encore lassée, encore heureux après un seul stage, me direz-vous. J’ai beau entendre les séniors en parler avec le peu d’entrain que provoque la routine, j’ai envie d’en savoir plus. J’espère que je saurai garder mon blindage face aux mesquineries et autres agressivités gratuites car ce n’est que le début.

Je n’ai rien d’autre à faire que de taper quelques phrases. Enfin, je pourrais regarder “Darling” mais il commence à se faire tard et il faut que je me lève guillerette demain donc, j’écoute la raison et décide de laisser défiler une petite heure, ainsi, à traînasser. J’écoute “Celle de mes 20 ans” et en mon for intérieur, je me dis “tiens, voilà de la musique française pas nunuche, ça faisait longtemps!”
Il s’en est passé du temps depuis ma dernière apparition, comment résumer? Les partiels, seule cette fois-ci, sans la Gentille Fille pour me souffler les réponses gentiment puisque de l’autre côté de l’amphi pour ces épreuves. Peut-être que ça a joué dans le fait que j’ai dû repasser aux rattrapages pour cette matière, peut-être pas. Toujours est-il que je me pose la question. A la deuxième session, impossible de tricher, encore une fois, alors, je sais maintenant ce que je vaux : douze virgule neuf sur vingt. Boarf. J’osais espérer que j’avais bien bien réussi, il me semblait que j’avais vraiment bien pigé de quoi on parlait ce coup-ci. De plus, les trois cas cliniques au rattrapage n’étaient pas bien méchants, j’étais reposée, no stress, je me serais presque autorisée un sourire intérieur.
Evidemment, je me suis comparée à La Fille (la Jolie Fille en cinquième année maintenant qui flirte avec seize de moyenne à chaque partiel) qui m’avait dit qu’à cause d’un sale onze à la dernière épreuve “elle se retrouvait au même niveau que les NULOS” pour la répartition aux stages à l’hosto. Etant donné que j’ai douze de moyenne générale j’en aurais presque pleuré sur mon lit en tapant du poing, tiens. Bon, OK, je n’en étais pas loin, le pathétique, ça me connaît bien.
Maintenant, je vois les choses avec plus de lucidité : il suffit de travailler correctement pour réussir. Pour cette nouvelle année, s’annonçant pleine de renoncements, larmes refoulées, poings serrés et éventuellement chouettes surprises, je ne suis pas encore au plus haut de mes capacités, je reprends doucement mes marques, confiance en moi, surtout.
Sinon, je n’ai pas pris de grille de loto pour mon dernier anniversaire (le neuf neuf neuf) ma superstition me fait croire que j’aurais pu y gagner quelque chose.
Quelque chose comme un peu de lucidité du fait d’avoir perdu, probablement.

Hier soir, en raccrochant le téléphone pour la énième fois de la journée, j’étais heureuse.
Hier fut une bonne journée comme on en connaît rarement : imprévisible, sans promesse particulière le matin mais se déroulant doucement, sans anicroche.

Révisions peu méticuleuses le matin puis restaurant indien avec mon frère et Lo. Nous étions en terrasse, il ne pleuvait plus. Ils m’ont raconté leur soirée de la veille et le débat qu’ils ont eu à propos de musique qualifiée de “bonne” par les amis de Lo et violemment dénigrée par mon frère. Il n’en revenait pas qu’on puisse écouter de sa propre initiative les tubes nauséeux tout droit sortis de la tévé. Lo ne disait rien car elle n’aime pas les conflits, c’était surtout mon frère et moi qui avons refait le monde, à grand renfort de citations de G. Abitbol et comparses, idées mutuellement partagées et blagues à deux francs six sous.
Une fois lancé sur un sujet qui le fâche, mon frère se perd dans des diatribes, sourcils froncés et ton assuré. La ressemblance avec notre père m’a frappée, ce que je lui ai fait remarqué et il a ajouté que notre cher paternel ne parle certainement pas beaucoup, mais quand il prend la parole, ce n’est pas pour dire des idioties (sauf exceptions).
Une fois notre festin achevé, nous sommes allés prendre le café sur La Fameuse Place, sans lunettes de soleil, c’était prendre un gros risque pour notre acuité visuelle, mais bon. Il y avait un orchestre fanfare qui jouait en face de nous, c’était chouette. Il m’a ensuite fallu beaucoup de courage pour m’extirper de la chaise – mon estomac ayant probablement triplé de volume – et nous nous sommes dirigés vers l’appartement où mon frère et Lo ont logé ce week-end.
C’était le genre d’appartement qui me plaît beaucoup, deux pièces dans un vieil immeuble rénové dans un ton moderne un peu classieux. Lo m’a montré les photos qu’elle avait prises lors de leur séjour à Paris et de fil en aiguille, des photos d’eux au début de leur histoire. On a bien ri car de l’eau a coulé sous les ponts, mon frère avait une masse capillaire impressionnante à l’époque et cet air encore un peu enfantin contrastant étrangement avec les photos où il est en costard cravate pour son gala ou avec les petits cousins de Lo juchés sur ses épaules.

L’après-midi était déjà bien entamé quand nous nous sommes décidés à retourner chez moi.
Quand ils sont repartis, Aurore m’a appelée et nous avons discuté pendant une heure et demie en rigolant comme des bossues, évoquant nos souvenirs d’enfance remontés à la surface par la publication de la veille de nos photos de classe sur facebook. Elle m’a parlé de ses histoires de coeur et m’a demandé de lui raconter des potins, mais il n’y a pas grand-chose à dire : mon existence est paisible et sans histoire, suivant une routine rassurante, parfois rythmée par quelques menues péripéties. Je n’ai à me plaindre de rien, parfois je m’inquiète pour mes examens et tous ceux qui m’attendent durant les années à venir mais rien de fâcheux. Je promène mon gros chien trois fois par jour, continue à lui parler comme s’il était une plante verte, vois mon amoureux trop rarement ces derniers temps et mange des pâtes au moins une fois par jour. Je ne fume plus qu’en soirée et suis amusante quand je suis saoule paraît-il.
Dans cinq jours, j’en aurais fini avec cette troisième année, sauf si je dois aller aux rattrapages. Dans une semaine, je retournerai au Labo et l’été suivra lui aussi paisiblement son cours.

Mais pour l’heure, il faudrait peut-être que j’arrête de raconter ma vie pour me concentrer sur mes cours.

Pas de drame, pas d’abattement insurmontable, pas d’enlisement dans l’habitude. Un peu de fatigue ces jours-ci et de crainte quant à la rentrée prochaine… Mais c’est toujours la même histoire que je raconte ou quoi?

Hier, par exemple, il y a eu la bataille d’eau dans le parking de son immeuble alors que nous commencions à nous monter en bourrique pour une peccadille. J’ai juste versé trois gouttes de ma petite bouteille d’eau dans ses cheveux (bouclés et doux) pour le punir de sa mauvaise foi et lui a riposté puissance dix. On a bien ri, j’étais trempée mais ça ne m’a pas énervée, il faisait chaud et puis, on est jeune. Dans d’autres circonstances, je me serais vexée, comme lors des batailles de neige, je ricane gentiment et après quelques échanges, j’en ai assez, surtout quand de la neige atterrit dans mon cou.

Hier soir, nous sommes allés chez L’Ami Fusionnel. Après plusieurs semaines à ne voir que Lo et Kiu, ce fut un agréable moment. J’étais à l’aise, pas trop soûle, uniquement éprise d’une certaine euphorie. Les conversations fusaient en tous sens, du tac au tac, difficile de tout suivre, j’ai donc été obligée de faire répéter les protagonistes qui attisaient mon attention, comme d’habitude. J’avais la sensation d’être à ma place, qu’ils appréciaient ma compagnie. Ce qui m’a évidemment amenée à rompre ma promesse faite plus tôt : je n’avais plus envie d’aller en cours le lendemain matin.

Ensuite, vient le temps de m’inquiéter pour les partiels à venir, pour tous les cours qui s’enchaînent, denses, me donnant un aperçu de ce qui m’attend l’année prochaine. Lorsque je discute avec les rares connaissances que j’ai à la fac, je me rends compte que c’est la même ambiance qu’en première année : cette sorte de compétition tout sourire : “Ah? Tu n’en es que là dans tes révisions?” assorti d’un petit air satisfait. Ou alors, je suis paranoïaque, une fois encore. J’ai horreur de cet esprit hypocrite. L’autre jour, j’ai réussi à me convaincre que je valais mieux qu’elle, que sa prétention un peu maquillée ne devait pas suffire à me faire douter.

Je vais bien, merci.

Ce qui va suivre sera probablement d’un puéril fini mais j’assume.
A chaque retrouvaille avec mon frère à Amnellville, c’est le même scenario qui se déroule inlassablement : j’espère pendant quelques heures qu’il saura être moins désagréable et sale petit con comme seul lui sait l’être mais non, il faudra encore attendre pour le miracle. J’essaie de me contenir pour ne pas qu’il trouve d’accroche dans mes paroles qui puisse être à l’origine d’un sarcasme bien pincé. J’essaie de ne pas faire le clown lourd comme à chaque fois que je suis heureuse car c’est ma manière naturelle de montrer que je le suis. Je ne réponds rien à ses critiques à propos de rien, j’essaie de minimiser l’affaire in petto. La prochaine fois, j’essaierais peut-être d’en rire moins jaune car évidemment, je suis orgueilleuse et blessée par toutes ces menues paroles.
Mais malgré tout, c’est mon frère alors je le pardonne avec le temps.

Je réécoute ce chouette album de Chopin et Rachmaninov par Grimaud et c’est agréable.
Je me souviens du concert de Grimaud auquel j’avais assisté avec ma classe en quatrième, on mangeait des nuts et snickers dans le bus. On se fichait pas mal de ce concert, enfin, ça nous importait peu. Le mieux, c’était de prévoir le trajet en bus, plaisir ultime : écouter des CD avec un écouteur seulement car le deuxième c’était pour ma super amie de l’époque : Lilo, celle-là même avec qui je suis à la fac en cours, maintenant. Je me souviens surtout de “My friends” des Red Hot Chili Peppers qui m’avait émue. De plus, je trouvais que Lilo était trop cool d’écouter des groupes comme ça, moi qui sortais avec grand-peine de ma période C. Dion qui m’aura menée à l’achat de sept de ses albums.

Je me souviens que Grimaud donnait de grandes torsions circulaires du buste en jouant sur son piano, c’était disproportionné. Mais ça ne l’empêchait pas de trouver les bonnes notes sur le clavier.

Je suis sur l’ordinateur de Kiu, une bécane qui a déjà bien vécu : elle a environ le même âge que mon histoire avec Kiu en tenant compte de la pause.

J’attends que les pommes de terre cuisent dans la cocotte minute qui commence à chuinter. Mon père m’a toujours enseigné qu’à partir de ce doux bruit, il faut encore compter vingt minutes de cuisson. Dans le temps, j’étais la chargée de mission “surveillance de la cocotte minute avec les patates dedans” pendant que mon père allait chercher ma mère à la sortie de la pharmacie, les soirs de raclette. A part pour des raclettes, les patates n’ont jamais eu trop l’occasion de faire chuinter la cocotte chez nous. Mais c’était toujours bien de se précipiter à table avec mon frère généralement souriant à cette occasion, attendre en trépignant que l’appareil à raclette soit chaud pour y enfourner une à deux poëlettes selon la gourmandise de l’instant.

Ce soir, je suis chez Kiu couché dans son lit car migraineux et j’attends que les pommes de terre cuisent pour bouffer une raclette presque seule s’il ne me rejoint pas pour grignoter un peu. Je me sens pathétique pire que les deux fois où j’ai commandé une pizza que j’ai mangée seule en regardant un film avec Coo assis à mes pieds,  les yeux rivés sur la part de pizza se rapprochant et s’éloignant à une cadence soutenue de ma bouche.

Au départ, mon frère et Lo étaient supposés se joindre à nous en vue de passer un moment agréable tous les quatre avant que Bro ne parte à Perpette pour les six prochains mois à l’occasion de son stage de fin d’études. J’étais contente à l’idée de passer cette soirée avec eux, car malgré le fait qu’ils habitent le même immeuble que moi, la dernière soirée passée tous les quatre devait être celle où je me suis rabibochée avec Kiu. Ca me désole de savoir mon frère si près et de ne même pas être fichue de passer plus de temps avec lui.

Il a annulé cette après-midi, alors que j’étais en train de tuer un mannequin inconscient en arrêt cardio-respiratoire.

Puis, c’est Kiu qui a déclaré forfait par migraine. Mais malgré tout ça, je me faisais une telle joie pour cette raclette que j’ai encore envie d’y goûter. J’ai bien peur qu’elle n’ait pas la saveur escomptée. Mais c’est comme une cigarette à moitié désirée, tant que tu ne l’as pas allumée, tu ne pouvais pas deviner qu’elle serait dégueulasse.

Je me sens encore un peu découragée par tout. Je mets ça sur le compte de la détresse hivernale, c’est vrai que ce n’est plus très drôle de ne plus voir le soleil. Mais ce qui est encore à peu près réconfortant en hiver, c’est d’entendre chuinter la cocotte minute en sachant pertinemment ce que ce bruit présage.

On n’aura pas fait l’amour sauvagement pour s’expliquer, comme dans les films. On a juste fumé une cigarette chacun notre tour à la fenêtre en attendant que le café refroidisse et en échangeant des avis d’un ton neutre. Ce qui m’a permis d’assimiler à quel point je peux être désagréable pour rien, tout le temps. Je suis allée dans la salle de bain afin de nettoyer une tache sur mon vieux sweat me servant à traîner chez moi et puis j’ai laissé tomber parce que franchement, était-ce bien grave que cette tache soit là? 

Je suis retournée dans le salon/bureau/salle à manger/chambre/séjour pour l’embrasser goûlument sous prétexte d’enlever les reliquats de sauce tomate au creux ses commissures labiales. Et voilà, je me suis remise à parler gentiment, à me détendre et à le faire sourire.

Quand je te dis que je me sens enveloppée d’une couche adipeuse me semblant augmenter chaque semaine, c’est grave. J’ai à nouveau cette alternance d’envie et de répulsion vis-à-vis de la nourriture. Rien d’inquiétant, c’est sûr, puisque je mange on ne peut plus normalement. Mais là, la pizza recouverte de crème me pèse, j’ai conscience de la circonférence de mes cuisses quelque soit ma position : elles ont enflée, j’en suis persuadée. Je me sens fébrile, j’ai envie de envie de courir ou au moins de me remuer jusqu’à épuiser cette sensation désagréable mais je ne le fais pas. J’attends simplement que ça passe.

Quand je te dis que je ne veux plus revoir ton Ami Fusionnel, ça signe quelque part mon malaise par rapport à ce qu’il ressent à mon égard. Je ne devrais pas accorder d’importance à cette jalousie qu’il t’a avouée, tout comme je ne devrais pas me soucier des kilos en plus, mais il faut croire que j’aime me torturer mentalement à mes heures oisives. J’ai l’impression tenace que pour ta super-bande-de-potes, je ne serai jamais rien de plus que “la petite amie de Kiu” et bien sûr, ça m’ennuie. Alors, je n’ai plus envie de faire d’efforts pour faire le clown, rire, discuter avec eux. J’ai plus le coeur à rester dans mon petit appartement à taper sur mon clavier toutes ces choses que je n’ai plus envie de faire, à avoir envie de dormir depuis des heures mais à retarder le moment de fermer les yeux car j’ai des idées qui me tracassent, là. 

Quand je suis désagréable comme ça, tu devrais savoir à quel moment me prendre dans tes bras doucement, me faire l’amour ou me laisser tranquille. Mais je sais bien que je ne donne pas assez d’indices pour que tu saches discerner quelle solution est appropriée pour soigner mon apitoiement chronique. 

Ces derniers temps, je ne trouve plus mes mots à l’oral, je merdoie des approximations sans queue ni tête. Quelle importance me direz-vous? Dans ce cas, le reste aussi, on s’en fout.

Quand le médecin A a ouvert le bandage autour de la jambe du patient, je ne faisais pas la fière. Sachant que de simples photos de fractures ouvertes de la jambe me rendent nauséeuse et tremblante, je m’attendais à tomber directement dans les pommes devant une vraie fracture. Heureusement que celle-ci était fermée, on ne voyait qu’un hématome. A la radio, par contre, on comprenait vite où ça clochait.

Médecin A super empathique nous a proposé d’assister à l’opération de réduction et de mise en place du clou dans le tibia. Nous, pauvres petits étudiants en troisième année (il nous a d’ailleurs qualifier ainsi auprès de ses collègues nous voyant le suivre dans le service tels des cannetons dociles suivant leur maman : “ils ne sont qu’en troisième année, ce sont des petits” ) avons échangés un regard empli de crainte et de curiosité, quelque chose comme ça, et avons accepté. A ma grimace, médecin A m’a informée que rien ne m’obligeait à y assister et que ça allait durer un petit moment. Mon humour indéfectible a rétorqué que ce serait supportable s’il n’y avait pas trop de sang et qu’il allait bien falloir faire le grand saut un jour. Médecins A et B ont ricané gentiment. J’avoue, j’étais fière de moi, toute timide que je suis, habituellement.

Ils nous ont ensuite donné des tenues vertes, des sabots, des sur-chausses, des bonnets et des masques: la routine quoi. Dans le bloc opératoire, le patient que nous avions palpé quelques minutes plus tôt était allongé, intubé et endormi. Le protocole d’asepsie a duré presque aussi longtemps que l’opération en elle-même, le temps de le bétadiner trois fois, de mettre des champs bleus partout sur lui jusqu’à ne plus voir que la jambe incriminée. Et c’est là que j’ai eu une révélation quasi divine : le patient n’était plus réduit qu’à sa simple jambe, presque réifié si j’ose dire, mais c’est pousser le bouchon un peu loin, je m’autorise cette conclusion facile étant novice dans le métier. 

Médecin B qui était donc chargé de l’opération nous a prévenu que “ce n’était pas de la chirurgie fine, mais bon”. On peut vite imaginer que planter un clou aussi long que le tibia dans celui-ci ne requiert pas de délicatesse particulière. On parle de “mèches” comme sur une perceuse de garage et ça fait le même bruit. 

Cela dit, ce fut une expérience des plus intéressantes, nous sommes sortis de là bien plus enthousiastes qu’habituellement à la fin d’une séance à l’hôpital. De plus, ça permet de mieux comprendre les cours théoriques, ce qui n’est pas superflu.

Sur ce, je vais trier les chansons sur mon ipod et sûrement finir la saison quatre de How I Met Your Mother.